Eugénie commence à écrire son Journal en janvier 1915. C’est-à-dire quelques mois seulement avant l’Intuition fondatrice du 25 avril de la même année. Dans quelle disposition intérieure se trouvait Eugénie avant de recevoir cet appel ?  C’est ce que je vous propose de regarder à travers la presqu’intégralité de ce qu’elle écrit dans son Journal, en date du 12 avril 1915. Elle est alors âgée de bientôt 23 ans. Eugénie dessine l’horizon de sa vie avec les couleurs du mystère pascal : «Mon âme, rassemble tout ton courage et lève-toi vers une vie nouvelle. Sors de ces scrupules angoissants et fais place à une confiance en Dieu ferme comme un rocher. Je veux aller près de mon Dieu et le prier à genoux et il m’exaucera».

 Puis Eugénie chante l’amour gratuit et miséricordieux de Dieu pour elle : « Mon Dieu qu’êtes-vous? Et que suis-je ? Vous un Dieu ! Ô que je comprenne bien cette parole. Un Dieu, un Être qui est depuis toute éternité et qui ne prendra pas de fin. Vous le meilleur des pères, notre Père à tous, qui me laissez circuler sur cette terre, moi pauvre ver de terre, une œuvre de sa création. Moi, qui ne suis rien, qui ne suis pas digne d’être la dernière de vos servantes. Ô mon Dieu ! Je ne suis rien, je ne puis rien faire en dehors de vous, même pas vous prier sans votre permission. Vous avez pitié de moi malgré mes si nombreux péchés et crimes. Vous me regardez avec un œil miséricordieux et m’avez destinée à jouir un jour des joies du ciel, à regarder votre Face divine.

Ô Dieu ! Lorsque je pense à ce que vous êtes, et à ce que je suis, il me semble, presque impossible, une telle bonté envers moi qui ne suis rien. Vous êtes un Dieu plein de bonté. Que de fois, je vous ai promis fidélité et toujours j’ai tout jeté loin de moi, lorsque le fardeau devenait trop lourd. Toujours et toujours lorsque je revenais près de vous en vous invoquant, vous m’avez prise entre vos bras de Père en me pardonnant, malgré le nombre innombrable de mes péchés et de mes fautes».

L’amour de Dieu-créateur suscite l’amour de la créature, l’amour de Dieu-Père suscite l’amour de l’enfant, l’amour du Sauveur suscite l’amour de la pécheresse : « Ô grand amour de Dieu envers moi, vous amour infini. Il alla si loin que vous nous avez envoyé votre Fils unique pour nous racheter, Jésus, notre Sauveur. Ô que je vous aime ! Mon plus grand bonheur, mon un et mon tout.

Ô ! Que je ne vous ai pas connu plus tôt, aimé plus tôt. Prenez-moi, prenez-moi toute entière dans votre service, tout pour vous».

Les conséquences de ces sentiments profonds sont pour Eugénie à la fois le désir de rupture avec le monde et le désir de crier son amour à ce même monde, « Pars monde, laisse-moi, ne me retiens pas, je vais vers mon Dieu, vers mon Jésus, avec mes pensées, avec tout mon cœur.

Ô Jésus ! Comme en ce moment mon âme est remplie d’amour pour vous. Dans tout le monde entier je voudrais crier : Je n’aime que Lui mon Sauveur ! »

Que pouvons-nous retenir de cette page brûlante d’amour ?

L’amour de Dieu est premier.

Eugénie répond à cet amour par son amour humain, brûlant même s’il est limité.

Cet amour remplit son cœur de joie, elle doit l’annoncer au monde, le proclamer. C’est ce que le Pape François nous redit en d’autres mots : « Un engagement d’évangélisation est une réponse joyeuse à l’amour de Dieu qui nous convoque à la mission et nous rend complets et féconds ». Cf. Evangelii Gaudium 81.

Sœur Agnès Simon-Perret

Première Assistante de la Supérieure générale